Les onagres

 

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Hier soir, elles se sont ouvertes à la nuit,

Ces quatre fleurs d’onagre au jaune resplendissant.

Le soleil brûlant du jour les ennuie,

Elles sont comme des soleils s’ouvrant

Aux doux rayons de la lune, de cet astre naissant.

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 Humbles corolles translucides et diaphanes,

Au soleil de midi, bien vite, elles se fanent.

Comme le font les lucioles, elles éclairent la nuit

Du pèlerin qui s’égare et qui flâne

Loin des cités désertes qui sécrètent l’ennui.

 

Elles remplacent les étoiles que les nuages oblitèrent

Orgueilleuses et timides, elles jaillissent de la terre,

Pour s’éteindre avant la fin du jour,                                                                     

Laissant place à leurs sœurs qui espèrent

Vivre comme elles une seule nuit d’amour. 

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Buvez la rosée du matin dans les calices de soufre

Que sont les onagres, fleurs rustiques et fragiles.

Elles voyagent sans peur avec le vent qui  souffle,

Témoignent d’une beauté éphémère, loin des villes

Où triomphent d’autres fleurs plus serviles.

 

 Une seule nuit suffit pour combler leur attente.

Fugitives et discrètes, elles sèment à tout vent

Pour embellir les talus et les sentes

Des fleurs pareilles à elles,  combien douces et patientes.

Et pourtant, mauvaises herbes aux dires des ignorants.

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Je suis l’onagre libre et sauvage

Onagre

Qui fuit dans les bois, dans les champs…

La folie de vivre, seule, rend l’homme sage

Qui vit selon une nature que point il ne ravage

Comme tant d’humains  qui craignent le vivant.



 

 

 

Exergue :

 

Ânes civilisés, retrouvez vos ancêtres !
Honnis soient les « onagres [1] » du Moyen Âge

Inventés par les bretteurs et les reîtres

Qui, contre leurs voisins, toujours enragent,

Et mènent partout des guerres folles et traîtres.

Catapulte 


[1] -Les « onagres » sont aussi des catapultes ! Mais les fleurs « onagres » sont des catapultes qui vous propulsent du « sens » à l’essence !

 L'Ivresse des Fous d'Amour, en Iran ancien et ailleurs. L'Ivresse des Fous d'Amour, en Iran ancien et ailleurs, suite.

Yunus Emré, le plus grand poète soufi de langue turque