Walt Witman, le poète et le "sannyâsin[1]"

des Etats-Unis, chantre de la religion de l'Amour

Walt Witman

Walt Witman, 1887.

« Whitman naquit en 1819 dans une ferme près de l'actuelle South Huntington, à Lon Island, deuxième de neuf enfants. Sa famille déménagea à Brooklyn en 1823, où il suivit six ans de scolarité seulement, avant d'entrer comme apprenti dans un atelier d'imprimerie. Il est autodidacte.

Après deux ans d'apprentissage, Whitman se rendit à New-York pour y travailler dans différents ateliers d'imprimerie. C'est en 1835 qu'il revint à Long Island en tant qu'instituteur. Parallèlement, il fonda et édita le journal The Long-Islander … » (Wikipedia)

Il est tour à tour, imprimeur, journaliste, typographe, pigiste, rédacteur de journaux… avant de publier ses premiers ouvrages.

 Il approfondit dans ses poèmes le profond pouvoir rédempteur de l'amour. La première édition de Feuilles d''herbe, son œuvre maîtresse, fut auto-publiée en 1855.

Les citations des poèmes de Witman proviennent  du livre de Romain Rolland

La Vie de Vivekanandda et l’Evangile Universel (Librairie Stock, 1930)

Dans le poème Parti de Paumanok, il déclare :

« J’inaugure une religion…

… Je dis que la terre tout entière et tous les astres du ciel n’existent que pour la religion… »

« Sache-le, uniquement pour laisser tomber en terre les germes d’une plus grande religion,

Je chante…

Pour que tu partages avec moi deux grandeurs et une troisième qui se lève, les embrassant toutes et plus splendie,

La grandeur de l’Amour et de la Démocratie, et la grandeur de la Relgion. »

Il prophétise :

« Vers nous, ô ma ville,

La génératrice vient,

Le nid des langues, celle que nous légua les poèmes, la race de jadis…

La race de Brahma vient. »

Dans le poème Toi, mère aux enfants égaux, il dit : 

« Le Passé est aussi déposé en toi…

Tu emportes de grands compagnons.

La vénérable Asie sacerdotale navigue en ce jour avec toi… »

Vivekananda, le disciple de Ramakrishna, était alors en voyage aux Etats-Unis, et il avait une grande vénération pour la Mère Divine, Kâlî, la Shakti de Vishnou.

Watman chante la démocratie, la masse humaine…

« Et le mien (mon mot), celui de l’âge moderne, le mot : En Masse ! 

Mot désignant une foi qui jamais ne trompe… »

Ses prophéties vont se réaliser certes, puisqu’un Nouvel Âge Matière fait toutes choses nouvelles, mais dans l’Instant, d’Instant en Instant vécus sans désir autre que celui de voire se manifester le Vouloir de la Vie… Et ne voit-on pas, partout, les masses se soulever contre les tyrans pour exiger plus de démocratie, plus de respect, plus de fraternité…

« Ô ces thèmes égalités, ô divine moyenne ! » (Parti de Paumanok, p. 79)

Il chante et annonce pour l’avenir où nous sommes aujourd’hui : « Liberté et divine moyenne ».  « Je chante la masse commune, l’universelle armée de la moyenne. »

Un siècle est passé ! Le Nouvel Âge du Verseau en est à ses prémisses…  La pseudo élite croit encore tenir le pouvoir qui mènerait à la catastrophe planétaire. La « Moyenne », c’est la classe moyenne, mais mieux encore la Voie du Juste Milieu du Tao…

 « A quelqu’un qui va bientôt  mourir », il écrit :

« Le cadavre que tu quitteras ne sera qu’une dépouille excrémentielle…

(Mais ton) toi spirituel-corporel, qui est éternel… sûrement réchappera. »

Et pour lui-même :

« Mon moi se débarrassera de mon corps excrémentiel, qui sera brûlé, réduit en poudre ou enterré.

Mon corps réel me reste individuellement pour d’autres sphères. »

Certes, l’attachement du moi à son corps de chair est une erreur mortelle. Ce n’est pas notre Corps Réel, lequel est le Corps de Gloire du Ressuscité, celui qui, de son vivant  est mort à soi-même… Le cadavre n’a plus alors d’importance, et sa Substance redevient Substance universelle.

Dans  Songeur et hésitant, pour lui, « les morts sont plus vivants que les vivants, Peut-être les seuls vivants, seuls réels. »

Et dans Certitudes :

« Je ne pense pas que la vie pourvoie à tout….

Mais je crois que la Divine Mort pourvoira à tout… »

Dans Soir sur les prairies :

« Je croyais le jour le plus splendide, jusqu’au moment où j’ai vu ce que le non-jour montrait…

Oh ! Je vois à présent que la Vie ne peut tout m’exposer, pas plus que le jour. – Je vois que je dois attendre ce qu’exposera la mort. »

«  Le corps réel ne peut mourir. Chaque corps réel passe en des sphères appropriées, emportant le profit qu’il a tiré depuis le moment de la naissance jusqu’au moment de la mort. »

« La traversée de l’âme, non la vie seule, la mort, bien des morts je veux chanter… » (Débris sur la grève)

Dans tous ses poèmes, on retrouve le mot « Identité » ! Seule l’Eternité compte, invariable, identique à elle-même…

Au gré des poèmes, il nomme Maya, Avatar, Nirvana. Je me sens proche de cet illettré !

Il fait parti de ses grands individualistes religieux qui se libèrent des credo, des rituels, des églises quels qu’elles soient et vivent simplement l’illumination intérieure qui inspire les actes journaliers, la « silencieuse extase secrète » dont ils gardent le secret…

Rester un enfant…

« Il y avait un enfant qui sortait chaque jour,

Et le premier objet qu’il regardait, il devenait cet objet,

Et cet objet devenait une part de lui pour tout le jour ou une partie du jour,

Ou pour nombre d’années ou d’immenses cycles d’années… » (Ruisseaux d’automne)

L’Univers entier appartient à l’Enfant :

« Oh ! la joie de mon âme en équilibre avec elle-même, recevant l’identité avec les choses matérielles ! Mon âme renvoyée d’elles à moi, en vibrations… » (A Song of Joys)

Les choses matérielles naturelles, et non pas toutes les constructions humaines dénaturées… Toujours douter des apparences… un « doute terrible »

Toutes les fleurs sont vivantes, nées d’un Amour infini du Créateur. Ô oui, « Un volubilis à ma fenêtre ma satisfait plus que la métaphysique des livres. » (Chant de moi-même)

L’on est alors « pour la première fois, et que tout l’auparavant n’avait été qu’un méprisable sommeil. »

Que vive en chacun le Voyant par Amour ! Tout le Cosmos est Soi…

« Quelque chose qui, depuis longtemps, se préparait informe, se réparait et a pris forme en vous.
Vienne ou s’en aille ce qui veut, vous êtes désormais à
l’abri. »

La «  loi de progression ou de métamorphose ne peut être éludée. »

Quel est le but ?

« … et que j’arrive à mes fins aujourd’hui ou dans cent mille ans ou dans dix millions d’années. »

«  J’adjure qu’on ne fonde sur moi ni théorie, ni école.

« Je vous adjure de laisser tout libre, comme moi-même j’ai laissé tout libre. »

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