Le symbolisme

du Manteau dans l'Islam

Le Saint Manteau d'Abraham

Article paru dans la revue Atlantis n° 461 :

"le Manteau : Attributs & Symbole", p; 236.

Le Manteau d'Abraham a été transmis de génération en génération au Prophète puis aux Maîtres Soufis jusqu'à aujourd'hui, soit plus de 1400 ans !

Le Prophète Mohammad, en transmettant le Manteau à  Hazrat Oveys Gharani qui vivait au Yemen et qu'il avait rencontré intérieurement mais jamais extérieurement certifiait ainsi que celui-ci avait reçu l'Essence divine de l'Islam.

Pour recevoir ce Manteau il faut que la cognition intérieure se produise et qu'elle reçoive confirmation par le Pir, le Maître Soufi en titre. La Connaissance par le Cœur symbolise le plus haut niveau de l'Illumination, Pir signifiant "la Lumière du Chemin".[1]

Le mot "cognition" a pris actuellement un tout autre sens que celui de la faculté de connaître par le Cœur.

ManteauAbraham 

Lumière sur le manteau d'Abraham, au musée Galliera, Paris.

Le manteau des Derviches

Originaires d’Iran, les "derviches" (pauvres) étaient détachés des biens matériels ; ils étaient "amoureux de la vérité absolue (Haqq) et de la réalité (Haqiqat). Leurs maîtres enseignaient à ceux qui en avaient les capacités les Principes de l’Unité de l’Etre et les coutumes de la chevalerie (Javanmardi).

Manteaunomade

Derviche nomade.

Après l’apparition de l’Islam, ces derviches de nature nomade, voyagèrent en Irak et en Arabie saoudite. Durant leurs voyages, pour se protéger du froid, de la chaleur et des tempêtes de sable du désert, ils se couvraient d’un manteau de laine. Lorsqu’il faisait froid la laine du manteau était tournée vers l’intérieur pour se réchauffer et lorsqu’il faisait chaud elle était tournée vers l’extérieur de façon à procurer de la fraîcheur. La poésie ci-dessous est un adage sur ce sujet :

L’homme ne voyage pas sans son manteau de laine,

car le vent ne passera pas à travers un tel manteau de laine. [2]"

Istambul2

Les Derviches tourneurs de l'ordre soufi Mevlevi, fondé par Djalâl ad-Dîn Rûmî,

dansent, lors des Semâ, (samâ en arabe) aux sons des neys et des dafs.

 «  Les derviches tourneurs se déplacent d’abord avec lenteur et font trois fois le tour de la piste. Chaque derviche se tourne vers celui qui est derrière lui et tous deux s’inclinent avant de reprendre leur circumambulation. Ce déplacement est le symbole des âmes errantes cherchant à la périphérie de l’existence. Après le troisième tour, le maître prend place sur son tapis et les danseurs attendent. Alors les chanteurs chantent et quand ils s’arrêtent, les derviches, en un geste triomphal, laissent tomber leur manteau noir, dévoilant leur vêtement blanc. La chute du manteau est celle de l’illusion. Quand le manteau noir qui représente l’enveloppe charnelle est abandonné, c’est la résurrection. Les derviches, bras croisés sur la poitrine, mains sur les épaules, se mettent à tourner lentement, sur eux-mêmes puis écartent les bras, la main droite tournée vers le ciel pour récolter la grâce de Dieu et la main gauche tournée vers le sol pour la dispenser vers les hommes. En même temps qu’ils tournent sur eux-mêmes, ils tournent autour de la salle. Ce double tour figure la loi de l’univers, l’homme tourne autour de son centre, son cœur, et les astres gravitent autour du soleil. Ce double symbolisme cosmique est le véritable sens du Semâ : toute la création tourne autour d’un centre [3]. » 

Istambul1

Le Tekke des Derviches Tourneurs
à Beyyouglu,Istambul, Turquie

Soufi3

 L'investiture de la Khirqa dans les Ordres soufis

Les vérités ésotériques enseignées oralement par le Prophète n'étaient pas destinées à toute la communauté religieuse, mais aux seuls contemplatifs :

L'un des Compagnons du Prophète, « Abou Hurayra, disait : « j'ai gardé précieusement dans ma mémoire deux trésors de connaissance que j'avais reçus du messager de Dieu ; l'un, je l'ai rendu public, mais si je divulguais l'autre, vous me trancheriez la gorge » [4].

La transmission de maître à disciple s’opère de diverses manières, l’une de ses modalités étant l’investiture de la khirqa, du "manteau" ou du "froc".

Abd el-Kader était relié ainsi à Ibn'Arabi, le Shaykh al-akbar ; il avait reçu l’investiture de la khirqa akbariyya selon une tradition familiale. [5] 

 ManteauEmir1

Abd el Kader, vêtu du burnou de coton blanc (khirqa) .

 Ibn'Arabi a reçu la khirqa de maints maîtres, et l'a transmise à de nombreux disciples, aussi bien hommes que femmes. Il a écrit, dans Le Livre de la filiation spirituelle, en parlant du Prophète :

« Le noble Envoyé a notamment rapporté de la part de Dieu-le Très Haut, le Sage- dans le livre révélé qui est le Coran sublime : O fils d'Adam, Nous vous avons envoyé un vêtement pour couvrir votre nudité et une parure (rîsh). Mais le vêtement de la piété (libâs al-taqwâ) vaut encore mieux (Cor. 7 : 26). Ce qui, dans le vêtement extérieur, cache la nudité (saw'at) constitue le vêtement indispensable lequel est le "vêtement de la piété" (taqwâ) en tant qu'il nous préserve (wiqâya).[6]  »

Il ajoute que la parure qui est « l'ornement de Dieu qu'Il a extrait pour Ses serviteurs »  (Cor. 7: 32) doit être pour Sa Gloire, et non pour une autre intention.

L'auteur du Traité du voyageur… constate : « … je vois les maîtres spirituels revêtir chaque personne d'un manteau différent, le fondement en étant une allusion au monde caché, car ils donnent le manteau à chacun en fonction de sa propre station qui correspond à sa condition spirituelle.[7]  »

« … La piété vigilante est le manteau du cœur et le vêtement de la piété vigilante est le manteau du corps.[8]  »

Nombreux sont les témoignages de passation de la khirqa :

Voici les propres mots d'Ibn Taymiyya, théologien musulman sunnite (1263-1328), cités dans son : « al-Mas'ala at-Tabraziyya: "j'ai porté le manteau Soufi béni de Cheikh Abdul Qâdir Jilâni, ayant entre lui et moi deux cheikhs Soufis." Dans un autre manuscrit il dit: "J'ai porté le manteau soufi d'un certain nombre de cheikhs Soufis, appartenant à des voies spirituelles diverses, parmi eux Abdul Qâdir Al-Jilâni, dont la Tariqa est la plus grande et la plus connue, que la miséricorde d'Allah soit sur lui.[9]  »

« C'est pour cela qu'ils l'ont nommé manteau (khirqa), puisqu'il déchire (Kharq) les habitudes extérieures du commun. Il a, par ailleurs, été nommé ainsi parce que l'attribut du manteau inclut la rupture, l'abaissement, l'indigence et le non-être. [10]  »

Un hadîth dit : "Les cœurs des croyants sont entre deux des doigts du Miséricordieux."

« Le lieu des états du monde caché, c'est le cœur, et il faut que, pour celui qui possède un cœur, le don du manteau soit complet. (…) "parce que la noblesse du corps est dans l'existence du cœur, que la noblesse des états vient du pouvoir spirituel de Dieu. [11]  »

 RumiKonya

Djalâl ad-Dîn Rûmî

LES DERVICHES TOURNEURS D'ISTAMBUL ET LE TOMBEAU DE RUMI

[1] - D'après http://mto.org/main/fr/histoire-de-m-t-o-shahmaghsoudi/lhistoire-du-saint-manteau/

[2] - http://www.journalsoufi.com/soufisme-accueil/lectures/discours-soufisme-djn/349-derviche-ou-soufi

[3] - Les Derviches tourneurs Doctrine, histoire et pratiques, Alberto Fabio Ambrosio, Ève Feuillebois, Thierry Zarcone éd.Cerf.

Jacques Henri Prevost Les Derviches Tourneurs. D'après Wikipedia

[4] - http://coranislams.free.fr/islamsdivers/islams/soufistes.html

[5] - D'après http://josephsantacroce.canalblog.com/archives/2012/07/31/24809971.html

[6] - Kitâb nasab al-khirqa, imprimerie Najah Jadida, Casablanca, 200, p. 34.

[7] - Traité du voyageur stupéfait extatique vers le Recouvrant Unique Glorieux, "La pratique du soufisme", Editions de l'Eclat, Nîmes, mai 2002, p. 238. https://books.google.fr/books?isbn=284162059X

[8]Ibidem, "Les Voies de la connaissance du manteau mystique", op. cit., p. 267.

[9] - http://www.saveurs-soufies.com/index.php?option=com_content&view=article&id=48:ibn-taymiyya-une-grande-figure-esoterique-et-exoterique&catid=8:patrimoine-soufi&Itemid=196

[10] - p. 267.