Suite de : D'où vient notre nostalgie de l'Âge d'Or ?

La séparativité et

l’accès au Mémoire Cosmique 

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La conception du temps

Le subconscient, l’inconscient sont tels pour la mémoire mentale qui oublie la Source créationnelle. Certes, la mémoire enregistrée par le cerveau est un enregistrement de « significations et non de données » ; et « nous pensons à ce qui a été pensé et senti et qui a laissé des traces dans le cerveau. » Mais celle-ci peut être absente, déficiente, et surtout embellissante, toujours déformante. Elle enregistre des épisodes choisis : « c’est ici que nous inventons, dit l’écrivain Max Frisch, la biographie que nous considérons ensuite comme notre vie. »

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A côté d’elle, existe une mémoire des choses familières qui fonctionne par automatismes. Savoir que l’expérience laisse une trace dans les synapses du cerveau ne nous avance pas beaucoup et l’essentiel du fonctionnement de la mémoire mentale reste un mystère. Le temps fait son œuvre sur le physique comme sur le psychologique mais tous les humains n’ont pas la conception actuelle de l’homme occidentalisé au sujet du temps.

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Image représentant la vision du temps du Chronos.

Chronaos par Ignaz Guenther.

Est-il de nature spatiale ? Chez les Aymaras des Andes l’individu, l’ego, voit le temps futur devant lui ; c’est une conception métaphorique puisque nous disons : “l’heure de la rentrée approche” en voyant le futur venir à nous, ou bien “nous approchons de la rentrée” en allant vers l’avenir situé devant nous. « En aymara, en effet, le mot “devant” (nayra) est aussi l’expression utilisée pour désigner le passé alors que le mot “derrière” (qhipa) sert pour le futur. Par exemple, nayra mana, - devant année – signifie “l’année passée” et qhipa pacha “derrière temps”, le temps futur.[1] » Les Aymaras pensent-ils de cette manière ? « pour des raisons grammaticales complexes, il est impossible de dire, par des méthodes linguistiques, si les expressions données plus haut sont définies par rapport à l’ego ou non [ 2]. »

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Par contre la gestuelle montre que oui : « d’après leurs gestes, la position du locuteur coïncide avec le présent, comme chez un anglophone ou un francophone. En revanche, à l’inverse de ces derniers, l’espace situé derrière le locuteur correspond au futur et celui placé devant au passé. »

Leur vision du temps est l’inverse de la nôtre !

Pour eux, ce qui est vu, et donc connu, est devant eux et c’est le passé. L’exemple donné par l’auteur est : « ma mère a préparé la soupe, je l’ai vue ; le passé est vu devant moi. » Il faut faire face aux ancêtres, et seul le passé est source de connaissance et d’inspiration. Le futur n’est jamais évoqué pour prendre une décision. La notion de progrès n’a pas de sens.

D’autres peuples ont d’autres conceptions du temps !

Plus anciennement : « Pour les Egyptiens, le temps n’était pas un flux s’écoulant en permanence en direction de l’avenir mais l’union de deux aspects complémentaires : Djet, la durée éternelle, et Neheh, le temps cyclique.[3] »

Mais beaucoup d’humains dans maintes Traditions ont vu le temps s’arrêter…

La mémoire cellulaire

Quant à la mémoire cellulaire, la science ne s’en occupe guère ! Pourtant, plus profondément, dans les cellules humaines est enregistrée cette autre mémoire, celle de tous les événements vécus depuis la conception, mais aussi ceux des « existences antérieures » qui constituent une Unité de Vie. Il est possible, par divers procédés qui ne sont pas sans danger, de faire remonter les impressions enregistrées dans nos cellules durant notre vie intra-utérine, à l’instant de notre naissance et dans les premières années de notre existence ; mais les traces existent aussi de nos incarnations passées qui font partie de notre conditionnement [4].

Cela se fait dans certaines circonstances, pour dénouer les nœuds qui nous étranglent, mais il est dangereux de vouloir dévoiler son mystère par simple curiosité ; il faut être mûr pour faire face aux révélations qui nous attendent et qui sont souvent loin d’être à notre avantage.

L’accès au Mémoire cosmique

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Nous avons expérimenté toutes les facettes de la condition humaines, des plus sombres et terribles aux plus exaltantes et glorieuses, si l’on ne dépasse pas les notions de bien et de mal. Cette mémoire cellulaire joue son rôle et l’on ne peut vivre la seconde naissance que lorsque le sang est lavé de l’héritage de Caïn, symboliquement, le désir de tuer l’autre pour exister. Là est entré dans la nature humaine ainsi déviée l’égoïsme, l’agressivité, la haine qui peuvent mener au meurtre. La source de l’oubli, celle du Léthé, se tarit, et celle de Mnémosyne nous rend la Mémoire de la Source originelle. Lorsque l’on s’est vidé de tous les traumatismes passés, de tous les conditionnements, l’accès direct se fait au Mémoire cosmique sur lequel il est possible de se brancher pour savoir ce qu’il y a à savoir dans l’instant et Accomplir le vouloir de la Vie.

Notre nature est loin d’être entièrement animale. L’âme groupe animale, dans ce passage, s’individualise ; l’intuition et l’intelligence remplacent l’instinct et l’Homme relié à toutes choses vivantes mais en œuvre justement le Vouloir de la Vie. Le mythe d’Adam et Eve et celui de Caïn rendent compte de l’erreur ; erreur de cueillir le fruit de l’Arbre de Vie avant le temps imparti à son mûrissement ; erreur de l’ego qui se coupe de Sa transcendance et qui « assassine Dieu en lui »[5] et qui en vient en conséquence dans son aveuglement à assassiner son frère. Toutes les religions ont dans leurs principes un impératif qui se traduit par la maxime : « Tu ne tueras pas ». Mais qui l’applique ? Même ceux qui s’opposent à la peine de mort, avec bien du mérite d’ailleurs, se gardent de prôner l’interdiction de la guerre pour régler quelque conflit que ce soit ! Elles perdurent sur terre chaque jour depuis des millénaires, avec un entêtement terrible dans l’erreur. Le meurtre commis par l’homme n’est pas une conséquence du comportement juste du règne animal, mais une conséquence de la trahison de sa vocation. La séparativité d’avec sa propre Source essentielle est en cause et tout cheminement initiatique opératif se doit d’épurer le sang humain des miasmes mortels que transmet de génération en génération l’hérédité de Caïn[6]. Certes, encore faut-il vouloir guérir et non se complaire dans ses maladies égoïques !

Les liens du sang marquent tous les humains nés par matrice et ils « sont encore dans le circuit des influences héréditaires, dont il faudra cependant se rendre libre.

Presque tous les humains sont reliés à ce circuit d’influence génétique de la Hiérarchie Ancestrale qui se présente en deux codifications distinctes,

- le code cellulaire (les gènes) auquel sont rattachés tous les ré-incarnés, qu’ils soient ou non évolués 

- le Code Nominal plus sélectif, parce que cela dépend de l’évolution de chacun… [7] »

C’est cette seconde Codification qui reste à découvrir et qui réserve bien des surprises pour que la Vie s’exprime dans sa Totalité.

L’obscurcissement de la Lumière ravala l’homme à l’état d’animal humain. Charles Darwin décrit la nature comme une lutte pour la vie qui sélectionne les plus aptes. « Lorsque Charles Darwin prouva que les humains sont des parents très proches des grands singes, et donc des animaux, l’origine du mal chez l’homme se trouva du coup expliquée de façon très convaincante : il ne s’agissait ni plus ni moins que son héritage animal[8] », ce qui est faux ! Les animaux obéissent justement à leur nature. Lorsque Thomas Henry Huxley, proche de Darwin, déclare que « la nature, n’est pas bonne mais cruelle, sournoise et totalement indifférente au sort de l’homme[9] », il ne voit pas que l’homme, en commettant « l’erreur à l’égard de l’origine » qui le coupe de sa transcendance et de son unité avec le tout, a introduit une rupture terrible. La nature est son miroir et, de miroir de l’Homme Parfait, elle devient le miroir de la contre-nature humaine, le miroir de ce qu’il est, le miroir de son ignorance !

Dans l’univers opaque et incohérent, se fait jour la nécessité de survivre ; tout devient difficultés, luttes, oppositions, guerres. La joie naturelle se transforme en recherche effrénée de plaisirs vides de sens qui accouchent de souffrances ; l’amour dévoyé en obsession sexuelle mentale fermente pour donner une pourriture égoïste. Ce divorce transforme la terre en un enfer où chacun certes cherche le bonheur, mais par les moyens les plus pervers. Cependant l’ignorance n’est pas l’erreur et encore moins la faute :

« Il faut bien différencier ce qui vient véritablement de l’ombre noire des suppôts de l’enfer, et ce qui est absence de Lumière parce qu’absence de Connaissance.

Bien comprendre ce qu’est l’Ombre qui provient de l’absence de Lumière en soi, c’est savoir également déceler l’ombre noire des suppôts sataniques qui s’annihile d’emblée par la Connaissance du Soi acquise.[10] »

La rupture de l’unité engendre une société divisée en religieuse et civile, et chaque partie ne cesse de se fractionner, de s’atomiser par exclusion. Naît ainsi une contre nature parasitaire qui morcelle l’éternel présent et donne naissance au temps et à l’espace qui lui est associé inévitablement. Les Idées, au sens platonicien du mot, dégénèrent en pensées, le Haut Mental est caricaturé par un mental ratiocinant, obsessionnel. La Connaissance s’éparpille et se dissout dans un savoir toujours plus spécialisé, toujours plus hypothétique et toujours incapable de rendre compte seul du Réel. Les êtres sont empêchés d’exprimer leur totalité d’Être, et ne peuvent déployer toutes leurs facettes, se limitant en se prenant pour ce qu’ils ne sont pas !

La défiguration accomplie par l’erreur est temporaire, momentanée, réversible. Seul le mental humain maintient une division entre son monde, son univers et le monde, l’univers de l’Être. Cette division est un non-sens. C’est lui qui refuse d’identifier son œuvre à celle du Pouvoir Créateur Originel qui, dès lors, le transcende puisqu’il se refuse à “immaner” de lui.

C’est pourquoi la plupart des humains doivent vivre un grand nombre de réincarnations pour faire ce retour, ces nombreuses réincarnations étant pour eux une unité de vie... « Savez-vous pourquoi il faut aimer tous les êtres ? Parce que chacun a été dans le cours des vies successives, l’un pour l’autre, l’un à l’autre, père, mère, fils, frère, époux, épouse… », enseigne le Bouddha[11]. Qui plus est, chacun a connu toutes les conditions sociales possibles, sous toutes les latitudes !

Nous sommes au vrai tous les humains qui furent, qui sont et qui seront…

 

 

 


 [1] - « Le passé devant soi », R. N., La Recherche n° 422, septembre 2008, p. 47. voir notre site http://soleildesandes.overblog.com

[2] - Idem, p. 49.

[3] - Jan Assmann, « Le temps double de l’Egypte ancienne », Pour la Science, n° 397, novembre 2012, p. 136.

[4] - Voir notre ouvrage Le Labyrinthe du Caméléon, roman initiatique, les Editons du Cosmogone, 2013.

[5] - Ramana Maharshi, Evangile de Ramana Maharshi.

[6] - Cf Platon le Karuna, La Séparativité, Editions de la Promesse, Nice, 2008.

[7] - Platon le Karuna, Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, Les Editions de la Promesse, 2006, p. 52.

[8] - Qui suis-je et si je suis, combien ?, Voyage en philosophie, op. cit, p. 132.

[9] - Ibidem, p. 133.

[10] - L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit., p. 399.

[11] - Cité dans Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, op. cit., p. 125.

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